Une description de la Maison s’impose (ou le bidet rose saumon d’Aragon)

Petit tour chez Triolet – Aragon.

J’y suis passé il y a quelques 3 ou 4 années, hors horaires d’ouverture,

obligé de regarder par-dessus le mur, juste rapide vue d’ensemble,

juste le temps d’apercevoir le terrain de foot d’Aragon

(renseignement pris aujourd’hui, c’est une oeuvre d’Ange Leccia,

le terrain réduit à son minimum les 2 buts étant accolés)

(Il ne fait pas beau, du coup je mets le filtre »artistique chaud » sur l’appareil photo.)

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La journée sur place quand même ; le temps de s’impregner un peu.

Le bureau de Monsieur

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peu lu Aragon,

juste ressorti Le Roman inachevé

du rayon poésie, mur ouest – 3/4 de hauteur

Le bureau de Madame

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Forcémment je demande s’il y a un livre qui parle plus particulièrement de la maison. Non, me répond-t-elle il faut piocher ici

Ah, nous en avons tant acheté, des demeures dans la campagne ou des cachettes dans les villes, pour l’amour et pour le silence, et notre solitude à deux !

Rêve ou jeu, vois-tu, c’est tout comme, et l’avons-nous joué, rêvé, ce lieu où tu te réfugies, quand Paris t’épuise de gens, de cris, et d’exigences ? (…)

Aragon, La Mise à mort

et là

Une description de la Maison s’impose. C’est un moulin… En parfait état, avec tout le mobilier nécessaire. Quatre hectares et demi de terrain, de bois. Je te fais le plan.

La rivière passe sous le moulin. La roue a été enlevée, mais il y a, sous la galerie, deux murs et une fenêtre ronde, derrière laquelle l’eau tombe en cascade. Le fantastique devenu fontaine ! (…) On trouve rarement des endroits d’une telle originalité et d’une telle beauté.

Elsa Triolet, Correspondances Elsa Triolet / Lili Brik

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entre autres.

En mode fan de devant le bidet des stars

IMG4610mais sinon

culture

&

pamoisons

car

la visite est parsemée d’œuvres de Picasso, Léger (le cheval orange qu’il a offert à Elsa Triolet), et un cadeau de Neruda à l’hôte, une pipe à opium.

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Journal des lectures : Illusions perdues (H. de Balzac)

Illusions perdues. Un des monuments de Balzac. Certains voient dans le triptyque Vautrin (Le Père Goriot, Illusions perdues et Splendeurs et misères des courtisanes) la colonne vertébrale de La Comédie humaine.

Monument, donc

pavé aussi

évoquant le monde de la presse et de l’édition, et ce qui tourne autour, l’imprimerie, la fabrication du papier…

Pas tendre avec ça, le Balzac

Laissons aux libraires leur fatuité : jamais ils ne lisent de livres, autrement ils n’en publieraient pas tant !

ou encore

[…] rares comme un homme pur dans le journalisme.

Expert en aphorisme, il nous en délivre quelques autres tout au long du texte

L’avarice commence où la pauvreté cesse.

La conscience, mon cher, est un de ces bâtons que chacun prend pour battre son voisin, et dont il ne se sert jamais pour lui.

Considérations sur la symbolique, je vous l’abandonne, le mythe est si ennuyeux que je le donne pour ne pas en voir sortir des milliers de mites.

Le propre des belles œuvres est de soulever d’amples discussions.

La plaisanterie est comme le coton qui filé trop fin, casse, a dit Bonaparte.

Le Journal ne risque jamais rien, là où le pouvoir a toujours tout à perdre.

les femmes aiment l’esprit avant d’aimer la beauté

Les poètes aiment plutôt à recevoir en eux des impressions que d’entrer chez les autres y étudier le mécanisme des sentiments.

 

Notons cette running idée chez Balzac que les lieux et les personnes sont liés, que le lieu influe sur les personnes

Il est en effet certaines personnes qui n’ont plus ni le même aspect ni la même valeur, une fois séparées des figures, des choses, des lieux qui leur servent de cadre. Les physionomies vivantes ont une sorte d’atmosphère qui leur est propre, comme le clair-obscur des tableaux flamands est nécessaire à la vie des figures qu’y a placées le génie des peintres. Les gens de province sont presque tous ainsi.

 

 

Quant à Paris, tout est relatif, relatif à Paris qui diminue les hommes.

Pendant sa première promenade vagabonde à travers les Boulevards et la rue de la Paix, Lucien, comme tous les nouveaux venus, s’occupa beaucoup plus des choses que des personnes. À Paris, les masses s’emparent tout d’abord de l’attention : le luxe des boutiques, la hauteur des maisons, l’affluence des voitures, les constantes oppositions que présentent un extrême luxe et une extrême misère saisissent avant tout. Surpris de cette foule à laquelle il était étranger, cet homme d’imagination éprouva comme une immense diminution de lui-même. Les personnes qui jouissent en province d’une considération quelconque, et qui y rencontrent à chaque pas une preuve de leur importance, ne s’accoutument point à cette perte totale et subite de leur valeur. Être quelque chose dans son pays et n’être rien à Paris, sont deux états qui veulent des transitions ; et ceux qui passent trop brusquement de l’un à l’autre, tombent dans une espèce d’anéantissement.

 

 

Puis l’écriture, puisque Lucien de Rubempré écrit. On lui donne les bons conseils.

On relève ce qui peut ressembler au programme de Balzac himself avec sa Comédie humaine : Vous ferez ainsi une histoire de France pittoresque où vous peindrez les costumes, les meubles, les maisons, les intérieurs, la vie privée, tout en donnant l’esprit du temps, au lieu de narrer péniblement des faits connus.

— Vous êtes dans une belle et bonne voie, répondit gravement le jeune homme ; mais votre œuvre est à remanier. Si vous voulez ne pas être le singe de Walter Scott, il faut vous créer une manière différente, et vous l’avez imité. Vous commencez, comme lui, par de longues conversations pour poser vos personnages ; quand ils ont causé, vous faites arriver la description et l’action. Cet antagonisme nécessaire à toute œuvre dramatique vient en dernier. Renversez-moi les termes du problème. Remplacez ces diffuses causeries, magnifiques chez Scott, mais sans couleur chez vous, par des descriptions auxquelles se prête si bien notre langue. Que chez vous le dialogue soit la conséquence attendue qui couronne vos préparatifs. Entrez tout d’abord dans l’action. Prenez-moi votre sujet tantôt en travers, tantôt par la queue ; enfin variez vos plans, pour n’être jamais le même. Vous serez neuf tout en adaptant à l’histoire de France la forme du drame dialogué de l’Écossais. Walter Scott est sans passion, il l’ignore, ou peut-être lui était-elle interdite par les mœurs hypocrites de son pays. Pour lui, la femme est le devoir incarné. À de rares exceptions près, ses héroïnes sont absolument les mêmes, il n’a eu pour elles qu’un seul ponsif, selon l’expression des peintres. Elles procèdent toutes de Clarisse Harlowe ; en les ramenant toutes à une idée, il ne pouvait que tirer des exemplaires d’un même type variés par un coloriage plus ou moins vif. La femme porte le désordre dans la société par la passion. La passion a des accidents infinis. Peignez donc les passions, vous aurez les ressources immenses dont s’est privé ce grand génie pour être lu dans toutes les familles de la prude Angleterre. En France, vous trouverez les fautes charmantes et les mœurs brillantes du catholicisme à opposer aux sombres figures du calvinisme pendant la période la plus passionnée de notre histoire. Chaque règne authentique, à partir de Charlemagne, demandera tout au moins un ouvrage, et quelquefois quatre ou cinq, comme pour Louis XIV, Henri IV, François Ier. Vous ferez ainsi une histoire de France pittoresque où vous peindrez les costumes, les meubles, les maisons, les intérieurs, la vie privée, tout en donnant l’esprit du temps, au lieu de narrer péniblement des faits connus. Vous avez un moyen d’être original en relevant les erreurs populaires qui défigurent la plupart de nos rois. Osez, dans votre première œuvre, rétablir la grande et magnifique figure de Catherine que vous avez sacrifiée aux préjugés qui planent encore sur elle. Enfin peignez Charles IX comme il était, et non comme l’ont fait les écrivains protestants. Au bout de dix ans de persistance, vous aurez gloire et fortune.

 

Bien suivi les conseils d’écriture ? qu’on veut vendre par tous les moyens

— Ne puis-je me faire journaliste pour vendre mon recueil de poésies et mon roman, puis abandonner aussitôt le journal ?

— Machiavel se conduirait ainsi, mais non Lucien de Rubempré, dit Léon Giraud.

— Eh ! bien, s’écria Lucien, je vous prouverai que je vaux Machiavel.

 

 

Avant même de se poser la grande question de l’époque. Etre in or out

— Êtes-vous classique ou romantique ? lui demanda Lousteau.

L’air étonné de Lucien dénotait une si complète ignorance de l’état des choses dans la République des Lettres, que Lousteau jugea nécessaire de l’éclairer.

— Mon cher, vous arrivez au milieu d’une bataille acharnée, il faut vous décider promptement. La littérature est partagée d’abord en plusieurs zones ; mais les sommités sont divisées en deux camps. Les écrivains royalistes sont romantiques, les Libéraux sont classiques. La divergence des opinions littéraires se joint à la divergence des opinions politiques, et il s’ensuit une guerre à toutes armes, encre à torrents, bons mots à fer aiguisé, calomnies pointues, sobriquets à outrance, entre les gloires naissantes et les gloires déchues. Par une singulière bizarrerie, les Royalistes romantiques demandent la liberté littéraire et la révocation des lois qui donnent des formes convenues à notre littérature ; tandis que les Libéraux veulent maintenir les unités, l’allure de l’alexandrin et les formes classiques. Les opinions littéraires sont donc en désaccord, dans chaque camp, avec les opinions politiques. Si vous êtes éclectique, vous n’aurez personne pour vous. De quel côté vous rangez-vous ?

— Quels sont les plus forts ?

— Les journaux libéraux ont beaucoup plus d’abonnés que les journaux royalistes et ministériels ; néanmoins Lamartine et Victor Hugo percent, quoique monarchiques et religieux, quoique protégés par la cour et par le clergé. — Bah ! des sonnets, c’est de la littérature d’avant Boileau, dit Étienne en voyant Lucien effrayé d’avoir à choisir entre deux bannières. Soyez romantique. Les romantiques se composent de jeunes gens, et les classiques sont des perruques : les romantiques l’emporteront.

 

 

La librairie, une question d’actualité, à l’époque, pareil presque 2 siècles plus tard

— Hé ! mon petit, dit familièrement Barbet, j’ai dans ma boutique six mille volumes à vendre. Or, selon le mot d’un vieux libraire, les livres ne sont pas des francs. La librairie va mal.

[…]

— Voici un billet de cent francs à trois mois, dit Barbet qui ne put s’empêcher de sourire en sortant un papier timbré de sa poche, et j’emporterai vos bouquins. Voyez-vous, je ne peux plus donner d’argent comptant, les ventes sont trop difficiles. J’ai pensé que vous aviez besoin de moi, j’étais sans le sou, j’ai souscrit un effet pour vous obliger, car je n’aime pas à donner ma signature.

 

 

Forcément, attaquant la presse, Balzac n’a pas eu de bonnes critiques de ce roman dans les journaux de l’époque. Le Corsaire annonce : Ce livre, dans lequel on entre que comme dans un égoût, ce livre tout plein de description fétides, ce livre dégoûtant et cynique, est tout simplement une vangeance de M. de Balzac contre la presse. Petite leçon de bâclage critique donc

— Bah ! vous ne savez pas comment cela se bâcle. Quant au voyage en Égypte, j’ai ouvert le livre et lu des endroits çà et là sans le couper, j’y ai découvert onze fautes de français. Je ferai une colonne en disant que si l’auteur a appris le langage des canards gravés sur les cailloux égyptiens appelés des obélisques, il ne connaît pas sa langue, et je le lui prouverai. Je dirai qu’au lieu de nous parler d’histoire naturelle et d’antiquités, il aurait dû ne s’occuper que de l’avenir de l’Égypte, du progrès de la civilisation, des moyens de rallier l’Égypte à la France, qui, après l’avoir conquise et perdue, peut se l’attacher encore par l’ascendant moral. Là-dessus une tartine patriotique, le tout entrelardé de tirades sur Marseille, sur le Levant, sur notre commerce.

— Mais s’il avait fait cela, que diriez-vous ?

— Hé ! bien, je dirais qu’au lieu de nous ennuyer de politique, il aurait dû s’occuper de l’Art, nous peindre le pays sous son côté pittoresque et territorial. Le critique se lamente alors. La politique, dit-il, nous déborde, elle nous ennuie, on la trouve partout. Je regretterais ces charmants voyages où l’on nous expliquait les difficultés de la navigation, le charme des débouquements, les délices du passage de la Ligne, enfin ce qu’ont besoin de savoir ceux qui ne voyageront jamais. Tout en les approuvant, on se moque des voyageurs qui célèbrent comme de grands événements un oiseau qui passe, un poisson volant, une pêche, les points géographiques relevés, les bas-fonds reconnus. Ou redemande ces choses scientifiques parfaitement inintelligibles, qui fascinent comme tout ce qui est profond, mystérieux, incompréhensible. L’abonné rit, il est servi. Quant aux romans, Florine est la plus grande liseuse de romans qu’il y ait au monde, elle m’en fait l’analyse, et je broche mon article d’après son opinion. Quand elle a été ennuyée par ce qu’elle nomme les phrases d’auteur, je prends le livre en considération, et fais redemander un exemplaire au libraire qui l’envoie, enchanté d’avoir un article favorable.

 

 

Enfonçant le clou journalistique

— Blondet a raison, dit Claude Vignon. Le Journal au lieu d’être un sacerdoce est devenu un moyen pour les partis ; de moyen, il s’est fait commerce ; et comme tous les commerces, il est sans foi ni loi. Tout journal est, comme le dit Blondet, une boutique où l’on vend au public des paroles de la couleur dont il les veut. S’il existait un journal des bossus, il prouverait soir et matin la beauté, la bonté, la nécessité des bossus. Un journal n’est plus fait pour éclairer, mais pour flatter les opinions. Ainsi, tous les journaux seront dans un temps donné, lâches, hypocrites, infâmes, menteurs, assassins ; ils tueront les idées, les systèmes, les hommes, et fleuriront par cela même.

— Mais le pouvoir fera des lois répressives, dit Du Bruel, il en prépare.

— Bah ! que peut la loi contre l’esprit français, dit Nathan, le plus subtil de tous les dissolvants.

 

 

hum hum hum

Les circonstances sont variables, les principes sont fixes. Les principes sont le pivot sur lequel marchent les aiguilles du baromètre politique.

 

Et un trait d’humour

— J’aimerais mieux dix mille francs, dit le vieux Séchard qui tourna, retourna les couronnes et les bouquets d’un air profondément narquois. Mais vous leur avez donné des marguerites, ils vous rendent des bouquets, vous faites dans les fleurs.

 

 

Petit point sur les relations entre les 2 siècles, le précédent et celui de l’auteur. Entre les raisonnables et les passionnés.

Le dix-huitième siècle a tout mis en question, le dix-neuvième est chargé de conclure ; aussi conclut-il par des réalités ; mais par des réalités qui vivent et qui marchent ; enfin il met en jeu la passion, élément inconnu à Voltaire. Tirade contre Voltaire. Quant à Rousseau, il n’a fait qu’habiller des raisonnements et des systèmes.

 

 

Content de citer un Balzac parmi les grands de France, sûrement, Balzac. Mais pas la même lignée

« Que la Franche-Comté s’enorgueillisse d’avoir donné le jour à Victor Hugo, à Charles Nodier et à Cuvier ; la Bretagne, à Châteaubriand et à Lamennais ; la Normandie, à Casimir Delavigne : la Touraine, à l’auteur d’Eloa ; aujourd’hui, l’Angoumois, où déjà sous Louis XIII l’illustre Guez, plus connu sous le nom de Balzac, s’est fait notre compatriote, n’a plus rien à envier ni à ces provinces ni au Limousin, qui a produit Dupuytren, ni à l’Auvergne, patrie de Montlosier, ni à Bordeaux, qui a eu le bonheur de voir naître tant de grands hommes ; nous aussi, nous avons un poète ! l’auteur des beaux sonnets intitulés les Marguerites joint à la gloire du poète celle du prosateur, car on lui doit également le magnifique roman de l’Archer de Charles IX. Un jour nos neveux seront fiers d’avoir pour compatriote Lucien Chardon, un rival de Pétrarque !!!… »

 

 

&Rabelais

Envoyé à La Devinière pour suivre un atelier d’écriture, je me suis retrouvé obligé d’écrire. Le site, sa configuration particulière, sa situation et ses bruits alentours (que l’on pourrait définir comme la situation sonore du lieu) se sont imposés à moi. Ce petit texte qui en a résulté vient augmenter mon projet d’AUTO-GÉO-GRAPHIE-S.

Le fond sonore est indiqué en italique : ce qui est calé à gauche est ce que j’entends sur ma gauche ; ce qui est écrit au milieu est ce que j’entends derrière moi ; ce qui est calé à droite est que j’entends sur ma droite… Tout cela est bien entendu relatif à ma position (qui varie) dans le site…


– I –
D’EST
(=> environnement)


… Ce qui revient à dire, vu l’orientation du site que : ce qui est calé à gauche sont les sons venant du sud ; ce qui est écrit au milieu sont les sons venant de l’est. Ce qui est calé à droite sont donc les sons venant du nord. Face à moi l’immensité de la campagne : pas de sons de ce côté là : vent d’est ce jour-là ?? Je n’ai pas fait attention à ce détail…


In situ, écrire. Les lieux sont faits de ce qui les entoure. Regarder donc vers l’horizon ce château-pièce montée qui m’attire (peut-être devrais-je aller le voir de plus près pour m’en défaire). Vouloir aussi le point de vue (il me disait, la semaine passée qu’on y voit Chinon, le château, la Vienne et aussi Cinais).

coups de fusils
enfants qui courent et crient

scie électrique

[Quelques semaines auparavant j’aurais écrit ex-nihilo, à partir de rien ; ou plutôt à partir de mon ignorance. Maintenant je peux en dire sur Rabelais vers 1590-1553, moine, médecin, prêtre, écrivain…]

encore un coup de feu

encore les enfants

la scie s’est arrêtée
remplacée par une mobylette

[…pétomane, rotomane, humaniste, admirateur d’Érasme…]

chiens

bruits de pas dans les gravillons

une porte de voiture claque

Vagues de vignes. Je refuse le café comme toujours. Je me dis l’abbaye de Seuilly. Qui m’appelle sur mon portable ? Arbres nus. Semblant de printemps.


– II –
D’OUEST
(=> intérieur-jour dans la chambre de François Rabelais)


… Retournement de situation (au sens propre puisque me voici orienté vers l’ouest)…


Encore plus in situ (puisque dans la chambre de Rabelais), continuer d’écrire.

[Rabelais serait né ici, dans la maison des champs comme on disait à l’époque. Il ne fallait pas naître dans la ville infestée alors on précipitait la femme enceinte dans une charrette vers la campagne. « Certaine gayeté d’esprit conficte en mépris des choses fortuites. O bouteille pleine toute de mystères ! Trinket… Beuvez ! » est écrit sur les murs.]

La chaise près de l’âtre froid est trop basse, mes fesses toujours gelées : bigre de muret !

Venant de l’extérieur


Bruits sourds
Chiens qui se répondent

Il me disait un chat agressif s’attaquait systématiquement aux chiens des visiteurs, un vrai problème !

Un silence presque complet est revenu

Reste le bourdonnement continu d’une
installation électrique dans la pièce

[Je savais que Balzac s’était inspiré de Rabelais pour écrire ses ‘Contes drolatiques’ (qui valut une joute Rabelaisienne entre Sand & Balzac l’une traitant l’autre de « Gros cochon », l’autre traitant l’une (qui ne voulait pas l’écouter) de « prude »). Il m’a précisé la semaine passée qu’une partie du cinquième livre s’appelait ‘Songes drolatiques’. D’où le titre de Balzac l’admirateur.]


– III –
DE SUD
(=> (d)écrire)


… 3e position, plus complexe puisque le buste orienté vers l’est et la tête tournée vers le sud …


Encore une fois j’écris un lieu, j(e d)écris ce que je vois, mais peu d’émotion dans tout cela… tiens des tuiles romaines en ple(a)ine Touraine… par cette fenêtre je relève trois types différents de tuiles : les romaines donc, sur le pigeonnier (plus il y a de trous à pigeon m’a-t-elle expliqué un jour, plus le propriétaire est censé avoir d’arpents de terre, mais certains trichaient parfois histoire d’arranger un bon mariage) ; des tuiles plates en terre cuite sur la maison du vigneron ; des plates en ardoises sur les autres bâtiments ; et au dessus de la chambre ? Curieux assemblage en tout cas ! La fumée d’un feu au loin, vers La Roche-Clermault.

À l’extérieur


Une porte grince

[Rabelais commença par la fiction avec le Pantagruel. Puis une fois son style affirmé et censuré, il mit un peu de sa vie dans son deuxième livre, le Gargantua. J’ai un doute chronologique dans les œuvres de Rabelais, je demande quelques précisions à l’accueil.]

Je me dis que je ne fictionne pas, pas assez en tout cas. Peut-être pourrais-je apporter des choses différentes en changeant de genre littéraire. À moins que ce soit la faute à peu d’imagination, ou à la géo-graphie. Et puis merde à l’imagination, et merde à la géo-graphie puisque mon propos n’est pas de faire de la fiction émotive.

Une oie

Un chien dans le lointain

Une voiture

Des pas dans les gravillons

Un nuage devant le soleil, un léger vent, il est 12h15.

————-

Partie d’un triptyque, « &Sand, &Balzac, &Rabelais »

ce texte a d’abord été accroché sur Amontour, par là

« &Sand » à lire dans Remue

Via & vers (livrel avec Mathilde Roux et Rémi Froger)

Via & vers paraît

9782371710276.main

une trentaine de photos qui invitent au voyage,
écheveaux de directions,
des textes entremêlés autour des photos
des déviations
un film
une bande son

et un hors texte de Rémi Froger

Via & Vers (full video) par [Mathilde Roux]

En voilà un extrait

– LE TERRITOIRE EST PARSEMÉ DE HAMEAUX SOLITAIRES –

Orbigny4

Quand les mots nous font des cachoteries (déjà qu’il est souvent nécessaire de s’en méfier pour qu’ils n’ajoutent pas à la confusion de bien des situations).

Le château était vieux mais seulement à certaines heures.

Les ombres sur cette terre – ombres portées, ombres reçues, ombres de l’ombre de nos faits, de nos signes – se mêleront toujours de transformer un temps les données établies.

Et ces histoires récurrentes autour du point de vue, de l’angle, de l’éclairage, de l’arbitraire et de l’aléatoire forgés pour les besoins de la cause ou pas, des niveaux de lumières et de langages, on n’en sort pas, on n’en sort quasiment pas.

– L’esthétique désuète de la carte –

Il y avait dans l’air comme quelque chose de géométrique.

– L’esthétique désuète de la carte –

Nous avions accosté sur ces confins du pays,

– une cité qui s’enroule comme un escargot –

on ne savait pas comment.

– une route qui fait un pif –

Déjà du train nous notions dans nos carnets

– ça dépend de l’échelle –

les paysage aux lignes droites,

– l’échelle, la prendre pour monter à Noyelles –

seul,

– à pas grands, Noyelles –

presque,

– traverser la route celle rectiligne –

le trajet du train connaissait les courbes,

– toutes rectilignes, d’ailleurs,

les routes, sur cette portion de carte –

et encore,

– Paysages psychorigides, tout s’aligne

les routes en perspectives, les maisons dans leurs –

courbes légères.

– écrins de petits urbs –

Nous avions rendez-vous dans

– On pourrait mettre des couleurs sur la carte,

la mondrianiser, la Picassoier –

une maison ouvrière de la cité du Dépôt.

– Mazingarbe, ça fait penser à un nom

de village d’Afrique noire –

Nous aurions préféré celle

– Forcément tu vois le mot coron,

tu penses Bachelet,

je ne voudrais pas penser Bachelet à –

des Alouettes

– chaque fois que je vois le mot coron –

ou celles

– Les terrils sont sur la carte comme des

envois épars de couleurs par Pollock sur sa toile –

des Brebis,

les habitations comme en pointillés

plus champêtres aux noms.