Choses&autres

Lu Les Choses de Pérec. « La tension était trop forte en ce monde qui promettait tant, qui ne donnait rien.« . Ne pensais pas au début, mais finalement y’a matière à faire un billet géo sur Les Lignes du monde. Lu aussi La Place d’Annie Ernaux ; pleuré presque. « J’ai glissé dans cette moitié du monde pour laquelle l’autre n’est qu’un décor. » Et du coup, envie de continuer, pris Passion simple à la bibliothèque du bourg aux 2 châteaux. Et puis lu aussi Paludes de Gide « J’arrange les faits de façon à les rendre plus conformes à la vérité que dans la réalité« . Et dans la voiture, écouté Soie de Baricco ; les pistes dans le désordre peut-être (facétie de l’auto-radio) mais entendu tout le texte, certains passages même 2 fois. A l’époque, le monde pas rond, visiblement : — Et il est où, exactement, ce Japon ? / Baldabiou leva sa canne de jonc en l’air et la pointa par-delà les toits de Saint-Auguste. / — Par là, toujours tout droit. Dit-il. / — Jusqu’à la fin du monde. Et sa fin : — Elle est comment la fin du monde ? lui demanda Baldabiou. /— Invisible. Du coup, pris les nouvelles de Maupassant pour écouter dans les migrations pendulaires. 1 nouvelle par piste comme ça pas de crainte du désordre. Commencé Mercier et Camier (Beckett), mais abandonné avant le 4è rdv manqué du départ. Du coup, passé au Sullivan de Tanguy Viel.

Et, par tranches d’1/2 h (le film dure 2h30), un peu comme on lit un livre dense, un fragment chaque jour, regardé Au fil du temps de Wim Wenders.

Journal des lectures : Béatrix (H. de Balzac)

Béatrix, la belle surprise !
Quand obligé de le lire pour l’expo Balzac-Sand.

A dire vrai, surtout les 2 premières parties
La troisième, publiée quelques années plus tard,
se déroule surtout à Paris, m’a moins intéressé
(Paris fait-elle le poids face à Guérande ?
Balzac semble penser le contraire)

L’ambiance feutrée des châteaux des confins bretons.
Ce personnage de femme écrivain.
Les descriptions des paysages proches de mer.

Ce roman naît grâce à George Sand. On y reconnaît certaines personnes.

C’est à propos de Listz [sic] et de Mme d’Agoult qu’elle m’a donné le sujet des Galériens ou des Amours forcés que je vais faire, car, dans sa position, elle ne le peut pas, gardez bien ce secret-là (lettre à Mme Hanska, 2 mars 1838)

Il y a ceux qui ne sont pas tellement tellement contents (d’Agoult, Balzac est obligé de mentir en disant que non, en rien, mais alors en rien elle n’a pu être à l’origine de Béatrix), et il y a George Sand, que cela ne semble pas déranger (elle y a le beau rôle) ? même si on ne l’aime pas tellement chez les du Guénic.

— […] Cette femme impie, mademoiselle des Touches, est venue gâter bien des choses ! On a fini par avoir de ses nouvelles.
— Hé ! bien ? dit la mère.
— Oh ! une gaupe, une gourgandine, s’écria le curé, une femme de mœurs équivoques, occupée de théâtre, hantant les comédiens et les comédiennes, mangeant sa fortune avec des folliculaires, des peintres, des musiciens, la société du diable, enfin ! Elle prend, pour écrire ses livres, un faux nom sous lequel elle est, dit-on, plus connue que sous celui de Félicité des Touches. Une vraie baladine qui, depuis sa première communion, n’est entrée dans une église que pour y voir des statues ou des tableaux. Elle a dépensé sa fortune à décorer les Touches de la plus inconvenante façon, pour en faire un paradis de Mahomet où les houris ne sont pas femmes. Il s’y boit pendant son séjour plus de vins fins que dans tout Guérande durant une année. Les demoiselles Bougniol ont logé l’année dernière des hommes à barbe de bouc, soupçonnés d’être des Bleus, qui venaient chez elle et qui chantaient des chansons impies à faire rougir et pleurer ces vertueuses filles. Voilà la femme qu’adore en ce moment monsieur le chevalier. Elle voudrait avoir ce soir un de ces infâmes livres où les athées d’aujourd’hui se moquent de tout, le chevalier viendrait seller son cheval lui-même et partirait au grand galop le lui chercher à Nantes. Je ne sais si Calyste en ferait autant pour l’Eglise. Enfin elle n’est pas royaliste. Il faudrait aller faire le coup de fusil pour la bonne cause, si mademoiselle des Touches ou le sieur Camille Maupin, tel est son nom, je me le rappelle maintenant, voulait garder Calyste près de lui, le chevalier laisserait aller son vieux père tout seul.
— Non, dit la baronne.
— Je ne voudrais pas le mettre à l’épreuve, vous pourriez trop en souffrir, répondit le curé. Tout Guérande est cen dessus dessous de la passion du chevalier pour cet être amphibie qui n’est ni homme ni femme, qui fume comme un housard, écrit comme un journaliste, et dans ce moment loge chez elle le plus vénéneux de tous les écrivains, selon le directeur de la poste, ce juste-milieu qui lit les journaux. Il en est question à Nantes. Ce matin, ce cousin des Kergarouët qui voudrait faire épouser à Charlotte un homme de soixante mille livres de rentes, est venu voir mademoiselle de Pen-Hoël et lui a tourné l’esprit avec des narrés sur mademoiselle des Touches qui ont duré sept heures. Voici dix heures quart moins qui sonnent au clocher, et Calyste ne rentre pas, il est aux Touches, peut-être n’en reviendra-t-il qu’au matin.

Femme libre, et comme la liberté effraie, cette femme effraie

Il devient maintenant nécessaire d’expliquer les rumeurs qui planaient sur le personnage que Calyste allait voir. […]
De même que Clara Gazul est le pseudonyme femelle d’un homme d’esprit, George Sand le pseudonyme masculin d’une femme de génie, Camille Maupin fut le masque sous lequel se cacha pendant long-temps une charmante fille, très-bien née, une Bretonne, nommée Félicité des Touches, la femme qui causait de si vives inquiétudes à la baronne du Guénic et au bon curé de Guérande. Cette famille n’a rien de commun avec les des Touches de Touraine, auxquels appartient l’ambassadeur du Régent, encore plus fameux aujourd’hui par son nom littéraire que par ses talents diplomatiques. Camille Maupin, l’une des quelques femmes célèbres du dix-neuvième siècle, passa long-temps pour un auteur réel à cause de la virilité de son début. Tout le monde connaît aujourd’hui les deux volumes de pièces non susceptibles de représentation, écrites à la manière de Shakspeare ou de Lopez de Véga publiées en 1822, et qui firent une sorte de révolution littéraire quand la grande question des romantiques et des classiques palpitait dans les journaux, dans les cercles, à l’Académie. Depuis, Camille Maupin a donné plusieurs pièces de théâtre et un roman qui n’ont point démenti le succès obtenu par sa première publication, maintenant un peu trop oubliée. Expliquer par quel enchaînement de circonstances s’est accomplie l’incarnation masculine d’une jeune fille, comment Félicité des Touches s’est faite homme et auteur ; pourquoi, plus heureuse que madame de Staël, elle est restée libre et se trouve ainsi plus excusable de sa célébrité, ne sera-ce pas satisfaire beaucoup de curiosités et justifier l’une de ces monstruosités qui s’élèvent dans l’humanité comme des monuments, et dont la gloire est favorisée par la rareté ? car, en vingt siècles, à peine compte-t-on vingt grandes femmes. Aussi, quoiqu’elle ne soit ici qu’un personnage secondaire, comme elle eut une grande influence sur Calyste et qu’elle joue un rôle dans l’histoire littéraire de notre époque, personne ne regrettera de s’être arrêté devant cette figure un peu plus de temps que ne le veut la poétique moderne.

Toujours Sand, Balzac se permet une sorte de mise en abîme : cette Félicité des Touches / Camille Maupin (qui doit donc beaucoup à Sand,

elle va jusqu’à fumer le Narghilé, aussi

Calyste lui disposa dans cette direction un grand fauteuil gothique et ouvrit la croisée à vitraux. Camille Maupin, qui partageait le goût oriental de l’illustre écrivain de son sexe, alla prendre un magnifique narghilé persan que lui avait donné un ambassadeur ; elle chargea la cheminée de patchouli, nettoya le bochettino, parfuma le tuyau de plume qu’elle y adaptait, et dont elle ne se servait jamais qu’une fois, mit le feu aux feuilles jaunes, plaça le vase à long col émaillé bleu et or de ce bel instrument de plaisir à quelques pas d’elle, et sonna pour demander du thé.

sauf qu’elle termine au convent et qu’à l’inverse, Sand y a débuté) conseille les livres de Sand au jeune Calyste (dont elle est éprise mais lui est épris de Béatrix, la voilà l’intrigue).

Vous emploierez ce temps à lire et moi à fumer ; vous vous ennuierez bien de ne pas la voir, mais je vous trouverai des livres attachants. Vous n’avez rien lu de George Sand, j’enverrai cette nuit un de mes gens acheter ses œuvres à Nantes et celles de quelques autres auteurs que vous ne connaissez pas.

Il y a une autre petite mise en abîme, lorsque Conti (qu’est un peu d’après Liszt) est comparé entre autres à Liszt (justement) pour lequel Balzac avait une admiration certaine

Conti a beaucoup d’esprit, il a du talent comme compositeur, quoiqu’il ne puisse jamais arriver au premier rang. Sans Meyerbeer et Rossini, peut-être eût-il passé pour un homme de génie. Il a sur eux un avantage, il est en musique vocale ce qu’est Paganini sur le violon, Liszt sur le piano, Taglioni dans la danse, et ce qu’était enfin le fameux Garat, qu’il rappelle à ceux qui l’ont entendu. Ce n’est pas une voix, mon ami, c’est une âme. Quand ce chant répond à certaines idées, à des dispositions difficiles à peindre et dans lesquelles se trouve parfois une femme, elle est perdue en entendant Gennaro. La marquise conçut pour lui la plus folle passion et me l’enleva. Le trait est excessivement provincial mais de bonne guerre.

Enchevêtrement de réalité et de fictions.

Et la géographie !

Bien sûr !

La voilà !

Sur le thème de l’opposition Paris province.

J’étais aussi loin de mon siècle que Guérande est loin de Paris.

Même pas civilisés, les ploucs, de Guérande, et à peine plus ceux de Nantes

A Nantes on était sous une latitude un peu plus civilisée qu’à Guérande : on y admirait Camille, elle était là comme la muse de la Bretagne et l’honneur du pays ; elle y excitait autant de curiosité que de jalousie. L’absolution donnée à Paris par le grand monde, par la mode, était consacrée par la grande fortune de mademoiselle des Touches, et peut-être par ses anciens succès à Nantes qui se flattait d’avoir été le berceau de Camille Maupin.

Balzac, souvent sujet au parisianisme, dans Le Lys aussi, et ailleurs encore, mais il reconnaît que les provinciaux savent aussi se frotter à l’en caustique.

– Nous n’avons pas de belles robes garnies de dentelles, nous n’agitons pas nos manches comme ça, nous ne nous posons pas ainsi, nous ne savons pas regarder de côté, tourner la tête, dit Charlotte en imitant et chargeant les airs, la pose et les regards de la marquise. Nous n’avons pas une voix qui part de la tête, ni cette petite toux intéressante, heu ! heu ! qui semble être le soupir d’une ombre ; nous avons le malheur d’avoir une santé robuste et d’aimer nos amis sans coquetterie ; quand nous les regardons nous n’avons pas l’air de les piquer d’un dard ou de les examiner par un coup d’œil hypocrite. Nous ne savons pas pencher la tête en saule pleureur et paraître aimables en la relevant ainsi !
Mademoiselle de Pen-Hoël ne put s’empêcher de rire en voyant les gestes de sa nièce ; mais ni le chevalier ni le baron ne comprirent cette satire de la province contre Paris.

Géographie toujours.

Sur le thème des paysages, avec emboîtement d’échelles. Balzac part de haut, il aime le panorama, puis il zoome, jusque dans le détail de l’écusson des du Guénic.

La France, et la Bretagne particulièrement, possède encore aujourd’hui quelques villes complètement en dehors du mouvement social qui donne au dix-neuvième siècle sa physionomie. […]
Une des villes où se retrouve le plus correctement la physionomie des siècles féodaux est Guérande. […]
La position géographique explique ce phénomène. Cette jolie cité commande des marais salants dont le sel se nomme, dans toute la Bretagne, sel de Guérande […]. Elle ne se relie à la France moderne que par deux chemins, celui qui mène à Savenay, l’arrondissement dont elle dépend, et qui passe à Saint-Nazaire ; celui qui mène à Vannes et qui la rattache au Morbihan. Le chemin de l’arrondissement établit la communication par terre, et Saint-Nazaire, la communication maritime avec Nantes. Le chemin par terre n’est fréquenté que par l’administration. La voie la plus rapide, la plus usitée est celle de Saint-Nazaire. […] Jetée au bout du continent, Guérande ne mène donc à rien, et personne ne vient à elle. […] Si vous arrivez à Guérande par le Croisic, après avoir traversé le paysage des marais salants, vous éprouverez une vive émotion à la vue de cette immense fortification encore toute neuve. […] La ville produit sur l’âme l’effet que produit un calmant sur le corps, elle est silencieuse autant que Venise. […]
Auprès de l’église de Guérande se voit une maison qui est dans la ville ce que la ville est dans le pays, une image exacte du passé, le symbole d’une grande chose détruite, une poésie. Cette maison appartient à la plus noble famille du pays, aux du Guaisnic, […].
Au bout d’une ruelle silencieuse, humide et sombre, formée par les murailles à pignon des maisons voisines, se voit le cintre d’une porte bâtarde assez large et assez haute pour le passage d’un cavalier, circonstance qui déjà vous annonce qu’au temps où cette construction fut terminée les voitures n’existaient pas. Ce cintre, supporté par deux jambages, est tout en granit. La porte, en chêne fendillé comme l’écorce des arbres qui fournirent le bois, est pleine de clous énormes, lesquels dessinent des figures géométriques. Le cintre est creux. Il offre l’écusson des du Guaisnic aussi net, aussi propre que si le sculpteur venait de l’achever.

Ce qui donne une drôle de conclusion par Giono :

Balzac commence par te décrire la France. Dans la France il te décrit une province, dans une province il te décrit une vallée, dans la vallée il te décrit le château, dans le château il te décrit un escalier ; l’escalier arrive à un palier, sur le palier il y a des portes; il te décrit les portes, et puis après il te décrit une chambre, et on rentre dans la chambre et le roman est fini. C’est généralement à ce moment-là que le roman de Stendhal commence. (J. Giono, Le Balzac de Giono, L’année Balzacienne 2011)

Journal des lectures : L’Illustre Gaudissart (Balzac)

Une autre image de Balzac, cet Illustre Gaudissart, un Balzac ouvertement Rabelaisin et pochard.

Il l’est aussi dans ses romans sérieux,

mais par moments noyés dans le dramatique de l’histoire

(disons Le Père Goriot ou Le Lys dans la vallée),

ce n’est pas ce qu’il en reste au lecteur.

Il semble d’ailleurs que la convoitée Duchesse de Castries n’aie que peu apprécié de se voir dédicacer cette histoire drôlatique

Que Balzac aurait écrit en 1 nuit (dit-il à Mme Hanska),

mais peut/doit-on le croire, ce fantaisiste de la correspondance ?

L’Illustre Gaudissart, je le lis, le relis, le cite ou l’évoque. Ça finit bien contrairement à beaucoup d’histoires (surtout les plus connues) de Balzac.

Ce roman commence comme une physiologie, ce genre apprécié de Balzac et à la mode à l’époque, du commis voyageur. Car Gaudissart est un commis réputé à Paris pour être capable de vendre tout et n’importe quoi à n’importe qui ; il vient donc à Vouvray vendre des idées (des abonnements) aux Vouvrillons (les habitants de Vouvray). Lire la suite

Journal des lectures : Un début dans la vie (Balzac)

Ca faisait quelques temps que je lui sentais du potentiel, à ce roman. J’y connaissais les jeux de mots / proverbes détournés de Mistigris ;

sa réputation l’avait précédé sur ma lecture.

Plus on est debout, plus on crie

ou

On est jamais trahi que par les chiens.

ou

qui veut noyer son chien l’accuse de la nage!

ou

Les bons comtes font les bons tamis

ou

— Enfin un de ces gaillards qui n’attachent pas leurs chiens avec des Cent-Suisses… dit Mistigris.

et le moins fins d’entre tous

Les voyages déforment la jeunesse

Pour ceux que j’ai compris et identifiés

(parce qu’il y en a plein qui me sont restés hermétiques)

Un début dans la vie : une histoire en train (en coucou plutôt), une histoire sur la route, entre Paris et Presles. Une histoire où chacun se donne un rôle Lire la suite

Journal des lectures : La Femme abandonnée (Balzac)

Lu La Femme abandonnée

Un peu dormi dessus,

Elle n’est pas abandonnée trop longtemps, la Femme, juste une cinquantaine de pages. Merci pour elle.

Il faut dire qu’il ne s’y passe rien dans ce roman, rien que de la psychologie féminine et masculine.

Je t’aime

Moi non plus

Va à Genève

sa surprise donna le temps à Gaston d’arriver à elle, et de lui dire d’une voix qui lui parut délicieuse : – Avec quel plaisir je prenais les chevaux qui vous avaient menée ?

Je te suis discrètement exauçant ainsi ton souhait caché…

Bref

J’ai lu parce que Bayeux (j’aime la Normandie) et parce que Genève (j’aime bien Genève)

Mais pas de description ni de l’une ni de l’autre

(à part : Il vint à Bayeux, jolie ville située à deux lieues de la mer

& À chaque fenêtre le lac apparaissait sous des aspects différents ; dans le lointain, les montagnes et leurs fantaisies nuageuses, colorées, fugitives ; au-dessus d’eux, un beau ciel ; puis, devant eux, une longue nappe d’eau capricieuse, changeante !

Mais ça ne suffit pas pour faire aimer le roman.

Tout de même,

rien n’est vain,

j’y tire cette phrase amusante :

Il avait alors presque cédé aux instigations de sa mère et aux attraits de mademoiselle de La Rodière, jeune personne assez insignifiante, droite comme un peuplier, blanche et rose, muette à demi, suivant le programme prescrit à toutes les jeunes filles à marier ; mais ses quarante mille livres de rente en fonds de terre parlaient suffisamment pour elle.

Et relève celle-ci :

Les deux amants achetèrent cette maison, ils auraient voulu briser les montagnes et faire enfuir l’eau du lac en ouvrant une soupape, afin de tout emporter avec eux.

Journal des lectures : La Muse du département (H. de Balzac)


On considère que Balzac, en 1836, avec une histoire intitulée La Vieille fille, est le premier feuilletoniste de l’histoire de la presse.

Dans les années 1830

les journaux se développent,

les caricatures et les feuilletons littéraires avec.

Le jour où je ne pourrai plus faire la parade au bas d’un journal, les entrepreneurs de feuilles publiques me laisseront là, comme une vieille pantoufle qu’on jette au coin de la borne.

J’ai utilisé, pendant un temps, en visite,

cette expressions de la vieille pantoufle délaissée

pour évoquer l’abandon de Mme Hanska-Balzac

par Champfleury,

après leur brève liaison.

Contrairement celles de Sue et de Dumas, l’écriture de Balzac est, dans l’ensemble, peu adaptée au feuilletons qui demandent suspens et vivacité. Chez Balzac il faut passer le premier tiers, voir les deux premiers tiers du romans avant que l’action éclot ; et alors, tout va très vite, on ne lâche plus livre.

Mais il faut y arriver, à l’action.

La Muse du département,

je n’ose pas trop le dire

j’ai mis 3 mois pour en lire les deux premiers tiers

et

3 jours pour le finir.

Ce roman, comme Béatrix, s’inspire de George Sand, ou comme Illusions Perdues, de la façon qu’a une femme de province, lettrée, de quitter Sancerre avec son amant, lettré lui aussi, pour la gloire parisienne.

Lousteau se promena, fumant des cigares et cherchant des idées; car les idées, à Paris, sont dans l’air, elles vous sourient au coin d’une rue, elles s’élancent sous une roue de cabriolet avec un jet de boue!

Balzac aimait bien, dans l’ensemble, G. Sand.

Sauf pour la politique.

Sauf que Balzac est conservateur

et préférerait que les femmes

restent à s’occuper de la maison

plutôt que d’écrire.

Si ce mot ne devait pas, pour beaucoup de gens, comporter une espèce de blâme, on pourrait dire que George Sand a créé le Sandisme, tant il est vrai que, moralement parlant, le bien est presque toujours doublé d’un mal. Cette lèpre sentimentale a gâté beaucoup de femmes qui, sans leurs prétentions au génie, eussent été charmantes. Le Sandisme a cependant cela de bon que la femme qui en est attaquée faisant porter ses prétendues supériorités sur des sentiments méconnus, elle est en quelque sorte le Bas-Bleu du coeur : il en résulte alors moins d’ennui, l’amour neutralisant un peu la littérature. Or l’illustration de George Sand a eu pour principal effet de faire reconnaître que la France possède un nombre exorbitant de femmes supérieures, assez généreuses pour laisser jusqu’à présent le champ libre à la petite-fille du maréchal de Saxe.

Et Balzac, parfois (souvent ?) moraliste dans ses textes termine ainsi l’épopée de la femme auteur : Titre de LIème Partie : LI. La comtesse de La Baudraye devient une femme honnête

La femme perd et retourne chez son mari, à Sancerre.

Elle rentre dans le rang.

Balzac aimait bien, au début, George Sand. Madame Hanska aussi l’appréciait. La mode est aux autographes

Madame de La Baudraye avait donné dans la manie des autographes : elle possédait un volume oblong qui méritait d’autant mieux son nom, que les deux tiers des feuillets étaient blancs. La baronne de Fontaine, à qui elle l’avait envoyé pendant trois mois, obtint avec beaucoup de peine une ligne de Rossini, six mesures de Meyerbeer, les quatre vers que Victor Hugo met sur tous les albums, une strophe de Lamartine, un mot de Béranger, Calypso ne pouvait se consoler du départ d’Ulysse écrit par George Sand, les fameux vers sur le parapluie par Scribe, une phrase de Charles Nodier, une ligne d’horizon de Jules Dupré, la signature de David d’Angers, trois notes d’Hector Berlioz. Monsieur de Clagny récolta, pendant un séjour à Paris, une chanson de Lacenaire, autographe très recherché, deux lignes de Fieschi, et une lettre excessivement courte de Napoléon, qui toutes trois étaient collées sur le vélin de l’album.

et comme Madame Hanska veut un autographe de George Sand, Honoré de Balzac se fait médiateur.

Journal des lectures : Le Colonel Chabert (H. de Balzac)

Je viens de relire…

plus de 20 ans après une première lecture

scolaire,

en 5ème si je me rappelle bien

– les lectures scolaires ne laissent pas forcément de bons souvenirs,

lectures obligées,

« la prof s’arrête sur toutes les phrases »

me rappelle une collégienne comme

nous parlons de ses lectures de Balzac -.

…le Colonel Chabert.

Un mauvais souvenir, donc, qui me bloquait de le relire jusqu’à cette semaine.

Comme Le Père Goriot,

(lu il n’y a que 2 ans),

comme Eugénie Grandet

qui faisait faire des cauchemars à ma sœur

(et donc toujours pas lu).

C’est pas épais comme livre, et, bienfait des vides de la surveillance, j’ai un peu de temps pour me lancer dedans. Je l’avale dans l’après-midi.

Le souvenir de l’histoire m’était très vague. Finalement j’ai apprécié ; ça ne fera pas partie de mes préférés de Balzac

les soldats napoléoniens : bof !

mais ça passe très bien, en fait, et je comprends (comme pour Le Père Goriot) pour quoi on le propose aux scolaires

pas de descriptions qui n’en finissent pas.

Bon, au collège, c’est un peu tôt quand même, non ?

J’y relève un passage sur l’idée de Spectacle :

– D’abord, reprit Godeschal, le théâtre n’a pas été désigné. Je puis, si je veux, vous mener chez madame Saqui.

– Madame Saqui n’est pas un spectacle.

– Qu’est-ce qu’un spectacle ? reprit Godeschal. Etablissons d’abord le point de fait. Qu’ai-je parié, messieurs ? un spectacle. Qu’est-ce qu’un spectacle ? une chose qu’on voit…

– Mais dans ce système-là, vous vous acquitteriez donc en nous menant voir l’eau couler sous le Pont-Neuf ? s’écria Simonnin en interrompant.

– Qu’on voit pour de l’argent, disait Godeschal en continuant. — Mais on voit pour de l’argent bien des choses qui ne sont pas un spectacle. La définition n’est pas exacte, dit Huré.

– Mais, écoutez-moi donc !

– Vous déraisonnez, mon cher, dit Boucard.

– Curtius est-il un spectacle ? dit Godeschal.

– Non, répondit le premier clerc, c’est un cabinet de figures.

– Je parie cent francs contre un sou, reprit Godeschal, que le cabinet de Curtius constitue l’ensemble de choses auquel est dévolu le nom de spectacle. Il comporte une chose à voir à différents prix, suivant les différentes places où l’on veut se mettre.

– Et berlik berlok, dit Simonnin.

– Prends garde que je ne te gifle, toi ! dit Godeschal.

En notes de bas de page : Mme Saqui est une acrobate / et / à l’époque il fallait payer pour traverser le Pont des arts d’où on pouvait voir passer la Seine sous le Pont-Neuf.

Et comme souvent chez Balzac, ça finit mal.

Pourquoi on ne lit pas ceux qui finissent bien, à l’école ?