La baie de Dublin, presque. (vase communicant avec Mathilde Roux)

Un jour, dans le fil facebook, j’ai découvert les cartes de Mathilde ; des cartes augmentées de textes collés. J’ai trouvé ça beau, terriblement esthétique & pertinent. J’ai été un peu jaloux, j’aurai aimé avoir cette idée entre toutes & cette façon de les réaliser. Elle en a fait une exposition, de ses cartes, à Rouen. Je lui ai dit mon enthousiasme et nous avons convenu de faire un vase en partant de la même carte, du coup voilà le sien ici, le mien là bas, sur ses Quelque(s) chose(s).

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Un homme ne descend jamais deux fois dans le même fleuve.

Quelle aventure.

[1/1 000 – dessin de situation] Où vivions-nous alors, avec quel loin devant, quel loin derrière, quelles proximités dans l’ensemble ? Le lieu en lui-même est de seconde importance, Dublin ou Le Havre, nous avions presque la même mer mais elle changeait chaque jour et nous aussi. La question du lieu est de seconde importance, les rochers à marée basse seront vert et noir, bleu et or ou jaune velours, le sable sera terne ou irisé, la baie sera surplombée de murs, les murs surplombés de murs, et des montagnes forcément, même si hors de la vue, des montagnes ou des promontoires, l’espace sera troué quelque part, en largeur ou en hauteur, et il y aura des plages où glisser le regard, en un long arpège ou en visant la brèche.

Nous vivions comme on vit à Dublin, là où nous pouvons, là où nous pouvons vouloir, en espérant que ce soit aussi là où nous voulons pouvoir, posés là atterris là peut-être depuis toujours, en escale quoiqu’il en soit. Le lieu est un fondement de seconde importance en regard des cartes que nous avons en main (penser aussi à plonger dans la manche et dans les boîtes à malice).

Mais les bateaux ?

[1/200 – dessin de distribution] Où étions-nous vivants ? C’est-à-dire comment et avec quoi, c’est-à-dire ce je, c’est-à-dire ce tu d’alors, et nos moutons flottant sur le vague ou s’agrégeant, chevillés à une quille. La question serait de première importance s’il était convenu que ces bouts de soi nous font presque nous. Je peux dire je, cela n’apparaîtra pas sur la carte, je suis invisible anonyme à Dublin, je peux dire je vivais à mi-fleuve, à mi-versant, à mi-marches, j’entretissais le soleil levé la nuit tombée, j’entr’apercevais la baie, l’intersection – car il n’est pas possible d’appartenir à deux mondes à la fois.

Je dis je, je pourrais dire tu, c’est pareil mais ce n’est pas pareil, je pourrais dire on, mais tout porte un nom ou presque, chaque port à une histoire, alors je dis nous, nous portons nous portons sur nous, nous portons ouvertures lacunes couvertures golfes et béances, nous portons des tributs liquides et solides, des zones pénétrantes et des zones pénétrables, nous portons des bordées franches des bordels des rivières débordées, nous portons des signaux de brume et cette impossible lucidité en matière de sentiments.

Nous étions vivants comme on l’est à Dublin, en appui, sur l’arête, par extension, en concurrence, parfois dans l’inversion du sujet, postposé ou antéposé à une hypothèse. Souhaitant en fond de cale des empires, ou tout du moins d’avoir la maîtrise de l’amer.

Mais les bateaux.

[1/50 – dessin de construction] Où allions-nous ? Nous cherchions un endroit où marcher pieds nus pour sentir ce qui allait sortir de terre, une plage une page où déposer un trait initial ondulé, légèrement léger, qui irait en grandissant même sans dire où. Nous étions entrés à l’étroit – je crois – et voilà que la baie nous offrait son plus vaste accueil.

Et les bateaux ?

[1/20 – dessin de détail]
Parka coupe-vent, col roulé zippé, lunettes sunny (ou glacier).
Wilde, Yeats, Joyce, Beckett, Bacon, Gallagher.
Les clepsydres avaient été mises à jour.
Sur le pont, des chevaux soufflaient d’impatience.
Tes yeux presque bleu vert ocre.
Ma robe était couleur feu, l’été arpentait lentement l’avenue aux stores baillés.
La mer faisant corps avec son calice.

Et les bateaux.

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Liste des autres vases de Juillet par ici

7 réflexions sur “La baie de Dublin, presque. (vase communicant avec Mathilde Roux)

    • Tout change d’un bord à l’autre, bien sûr, la nature et le point de vue. Tout ou presque ?
      Merci pour votre attention. Et très belle formule « ici avalé par les brumes de terre, là par l’eau »

  1. « – car il n’est pas possible d’appartenir à deux mondes à la fois. » Qui peut en fait l’affirmer? Ce monde que notre cerveau nous propose n’est peut être que la réalité électrifiée d’un autre paralléle… tout comme ce même organe merveilleux qui posséde deux émisphères, notre monde est peut-être doublement composé?…

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