Journal des lectures : Modeste Mignon (H. de Balzac)

Je saisissais les enquêtes de satisfaction

C’était au début, il y a 3 ans

« Avez-vous aimé … »

et à la réponse

« Avez vous fait des achats à la boutique ? »

la réponse a été

Modeste

Bêtement, pas encore familier de tout le corpus de Balzac, j’ai pensé ‘ils ont fait de modestes achats à la boutique ces suisses, drôle de formulation idiomatique.

Non en fait,

Ils avaient acheté Modeste Mignon

Il a fallu attendre presque 3 ans pour que je le lise, sur des conseils convergents et par besoin de savoir comment Balzac évoque ses contemporains dans son œuvre.

En l’occurrence Lamartine & Hugo.

L’histoire,

Brièvement,

Est celle d’une jeune fille,

Une jeune fan

(Modeste Mignon)

Du poète à la mode :

Canalis.

Elle lui écrit,

Canalis n’en a cure

Et laisse son secrétaire répondre.

S’ensuit un quiproquo

Et les millions de dot de Modeste

Rappelle Canalis à sa cupidité.

Rivalités d’amants pour Modeste :

Le beau parleur,

Le noble

Et le transi

Rappelons :

Dans La Peau de chagrin, version 1831, Balzac fait apparaître nommément Lamartine et Hugo

– Lamartine restera-t-il ?

– Ah ! Scribe, monsieur, a bien de l’esprit.

– Et Victor Hugo ?

– C’est un grand homme, n’en parlons plus.

– Vous êtes ivres !

Version 1833 à Furne non corrigé

Ce qui devient par la suite :

– Nathan restera-t-il?

– Ah! ses collaborateurs, monsieur, ont bien de l’esprit.

– Et Canalis?

– C’est un grand homme, n’en parlons plus.

– Vous êtes ivres?

Version Furne corrigé

Il est possible […]

Plus d’un trait commun […]

Narcisse […] beauté […] ministre […]

Et fait dire à certains que Canalis est Lamartine.

Cependant

Lamartine ne fut pas

sec,

2 fois ministre

ni pair de France,

ni siégeant vers la droite.

Ce n’est pas si simple,

Balzac prend la réalité et la recompose,

bien souvent

Canalis doit beaucoup à Lamartine, mais il doit aussi un peu à Victor Hugo ;

c’est un mix(te)

Bref, Modeste Mignon est l’occasion, pour Balzac, d’évoquer sans complaisance ces écrivains :

De Victor Hugo dans Canalis,

Le front dégagé :

Modeste vit à l’étalage d’un libraire le portrait lithographié d’un de ses favoris, de Canalis. Vous savez combien sont menteuses ces esquisses, le fruit de hideuses spéculations qui s’en prennent à la personne des gens célèbres, comme si leurs visages étaient des propriétés publiques. Or, Canalis, crayonné dans une pose assez byronienne, offrait à l’admiration publique ses cheveux en coup de vent, son cou nu, le front démesuré que tout barde doit avoir. Le front de Victor Hugo fera raser autant de crânes, que la gloire de Napoléon a fait tuer de maréchaux en herbe. Cette figure, sublime par nécessité mercantile, frappa Modeste, et le jour où elle acheta ce portrait, l’un des plus beaux livres de d’Arthès venait de paraître. Dût Modeste y perdre, il faut avouer qu’elle hésita long-temps entre l’illustre poète et l’illustre prosateur. Mais ces deux hommes célèbres étaient-ils libres ?

De Lamartine dans Canalis,

Politique & poésie :

— Canalis, dit-il une fois, me fait l’effet de l’homme le plus courageux, signalé par le grand Frédéric après la bataille, ce trompette qui n’avait cessé de souffler le même air dans son petit turlututu !

Canalis, aux oreilles de qui cette épigramme arriva, voulut devenir général. Combien de fois un mot n’a-t-il pas décidé de la vie d’un homme ? L’ancien président de la république Cisalpine, le plus grand avocat du Piémont, Colla s’entend dire, à quarante ans, par un ami, qu’il ne connaît rien à la botanique ; il se pique, devient un Jussieu, cultive les fleurs, en invente, et publie la Flore du Piémont, en latin, l’ouvrage de dix ans.

— Après tout, Canning et Chateaubriand sont des hommes politiques, se dit le poète éteint, et de Marsay trouvera son maître en moi !

Canalis aurait bien voulu faire un grand ouvrage politique ; mais il craignit de se compromettre avec la prose française, dont les exigences sont cruelles à ceux qui contractent l’habitude de prendre quatre alexandrins pour exprimer une idée. De tous les poètes de ce temps, trois seulement : Hugo, Théophile Gautier, de Vigny ont pu réunir la double gloire de poète et de prosateur que réunirent aussi Racine et Voltaire, Molière et Rabelais, une des plus rares distinctions de la littérature française et qui doit signaler un poète entre tous. Donc, le poète du faubourg Saint-Germain faisait sagement en essayant de remiser son char sous le toit protecteur de l’Administration.

et au passage il place son trio de têtes.

Mise en abîme que ce roman, lorsque Canalis évoque Lamartine

Ah ! mon ami, la gloire fait de nous un but que mille flèches visent ! L’un de nous a dû son riche mariage à l’une des pièces hydrauliques de sa poésie, et moi, plus caressant, plus homme à femmes que lui, j’aurai manqué le mien… car, l’aimes-tu, cette pauvre fille ?… dit-il en regardant La Brière.

Bien entendu, dit-il avec son ton professoral,

il s’agit là du poème Le Lac,

Le morceau de bravoure et de postérité

dudit Lamartine.

Et de l’admiratrice anglaise

(Je tâcherai de faire des poésies romantiques pour me faire épouser comme M. de Lamartine. Il a composé une rêverie intitulée Le Lac, et tu sais qu’il était en Italie pour rétablir sa santé. Il tombe chez lui une Anglaise qui lui dit : « Voû aîtes Mauchieu de La Mertine ! ché vien aipousé vous, pâ ce que ché aîme peaucoupe vôtre Lâque, et ché daune à vou vin quât heûr por vous décidé, et che vous empaurte dan le Angleter por mon méri, si vou le foulez. » – Lamartine pour se débarrasser de cette folle, prit des chevaux de poste et s’en fut à Naples. L’Anglaise qui le guettait paya les postillons grassement et prit trois chevaux et elle arriva à Naples avant lui ; il se croyait délivré, quand, cinq ou six minutes avant l’expiration du délai, Milady reparaît, disant : « Avré vou réflaichis ? Je ai 15 000 l[ivres] sterling de revenu, foulez vou me épousair ?… » Ce qu’il fit. Or, si on l’a épousé pour la lune, je vais moi chanter le soleil et comme ses rayons sont bien plus violents que ceux de la lune, j’espère que ma milady aura bien plus de rentes que celle-là […].

écrit Balzac, moqueur, à sa sœur, en 1821.)

Revenons à nos Mignon,

L’écho, c’est Le Bal de Sceaux,

En négatif, sûr

Et en clôture,

notons que Balzac envoie sur le poète :

— Et vous vous dites poète, s’écria Dumay ; mais vous ne sentez donc rien !…

— Eh ! si nous éprouvions les misères ou les joies que nous chantons, nous serions usés en quelques mois, comme de vieilles bottes !… dit le poète en souriant.

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