7 semaines à Saché

Voilà, c’est presque fini la saison, restent les journées du patrimoine durant lesquelles on reçoit grosso-modo le triple de visiteurs d’un gros WE d’été.

Comme on repasse à des petites visites avec 2 ou 3 personnes, revient la surprise :

« Il n’y a que nous ? Vous êtes sûr que cela ne vous dérange pas de faire la visite juste pour nous ? »

Et mes dessins qui sont de moins en moins précis…

—–

7 semaines à Saché est par là.

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Et en bonus, Balzac la raconte, sa chambre de Saché :

Ma chambre de Saché expliquée aux visiteurs, par moi-même

(adaptation libre)

von Musée Balzac Saché, Mittwoch, 20. Januar 2010 um 22:26 / Publié une première fois par ici

Par le sieur Honoré de Balzac (Pas de l’Académie Française)

Comme je suis venu ici quelques fois, on m’a assigné cette petite chambre. Si le ou la guide dit que c’est moi qui l’ai choisie, ce n’est pas tout à fait faux. Mais je dois préciser que ce n’est pas particulièrement parce que les idées rebondissaient sur le plafond bas pour revenir plus vite comme on l’a dit lyriquement dans les années 2000, mais plutôt parce qu’une petite pièce est plus facile à chauffer, bien entendu. Bon il y a aussi le fait que M. de Margonne préférait pouvoir prêter les grandes chambres de l’étage aux différents invités de passage et ne pas me la réserver spécifiquement comme cette presque-mansarde.

Bref, je passais donc mes journées ici, à écrire de deux ou trois heures du matin jusqu’à ce que sonne cette cloche criarde comme un vol de freux pour nous appeler, moi et les autres hôtes, à dîner, vers dix-sept heures. Si j’étais heureux d’être là au calme, comme un moine dans un monastère, je redoutais ce tintement presque-vespéral. Une fois que j’étais particulièrement fâché d’être interrompu, j’ai écris à Zulma Carraud, la meilleure amie de ma sœur Laure que vous voyez là en portrait toute vieille : Ici, je suis gêné par la vie de château il y a du monde, il faut s’habiller à heure fixe, et cela semblerait étrange à des gens province de rester sans dîner pour suivre une idée – ils m’en ont déjà bien étranglé avec leur cloche. Ça, ça fait encore rigoler les visiteurs d’aujourd’hui. Bon moins que quand je dis que l’autre reloue de Mme de Margonne est bossue, peu spirituelle, dévote, etc… mais c’est vrai que j’ai eu la plume heureuse ce jour-là.

Donc, loin de Paris et de ses mondanités qui m’ont valu ce bidouf, je pouvais travailler à mon aise soit assis dans ce lit avec une planchette sur les genoux, soit sur cette bergère (qui ne s’est pas arrangée avec le temps) devant ce bureau. Je précise tout de suite que cette minable cafetière défoncée n’est pas la mienne. Celle que je possédais était plus majestueuse, rouge et blanche avec mes initiales dessus ; elle n’a jamais été présentée dans cette chambre quoique vous puissiez en penser. Si vous soutenez mordicus l’avoir vue ici, référez-vous en à Arlette, mon troisième amour après Laure et Eva (une femme délicieuse cette Arlette, qui… bon bref ça ne vous regarde pas, revenons à nos moutons), qui l’a décrite aux visiteurs avec la précision d’un hologramme pendant presque quarante ans. Tiens ! ils ont aussi ajouté un écritoire pour le courrier. Ce n’est pas le mien non plus. Par contre, selon certaines sources, ce massicot aurait pu m’appartenir ; je laisse dire…

Vous imaginez, tenir quinze ou vingt heures de travail à la suite ! Comme ça, assis ici ! Mais j’avais trouvé un breuvage qui me tenait éveillé : le café. Celui qui était servi dans cette maison était détestable, pire encore que celui de ce torréfacteur du coin qui est vendu à la boutique, alors je faisais venir le mien de Paris. Je me suis amusé à décrire les effets du café dans un petit texte, le Traité des excitants modernes, où je dis notamment que dès lors que j’en bois tout s’agite : les idées s’ébranlent comme les bataillons de la grande armée sur le terrain d’une bataille, et la bataille a lieu. Les souvenirs arrivent au pas de charge, enseignes déployées ; la cavalerie légère des comparaisons se développe par un magnifique galop ; l’artillerie de la logique accourt avec son train et ses gargousses ; les traits d’esprit arrivent en tirailleurs ; les figures se dressent ; le papier se couvre d’encre. Bon, il faut avoir aussi un minimum de talent, le café ça n’est pas tout pour devenir écrivain, mais essayez et envoyez moi vos écrits, on fera une compile qu’on vendra en bas, si la conservatrice est d’accodac. Pour déconner j’avais ajouté que les grands, blonds et maigres étaient malades lorsqu’ils en buvaient, ce n’est pas vrai bien entendu, mais c’était pour éviter la concurrence de ce diable de Sue qui avait pris ma place de feuilletoniste dans les journaux.

Ah ! pour finir, un autre truc qui me fait marrer, c’est la description de la vue depuis ma fenêtre que j’avais écrite à Mme Hanska : ma chambre que les curieux viennent déjà voir ici par curiosité donne sur des bois deux ou trois fois centenaires, et j’embrasse la vue de l’Indre et le petit château que j’ai appelé Clochegourde. Le silence est merveilleux. […] Je quitte toujours à regret ce vallon solitaire. etc… ; ça a fait douter quelques conservateurs sur l’emplacement réel de la chambre, cette phrase. /!\ Ne vous penchez pas, vous tomberiez avant d’avoir vu quoique ce soit car on ne voit ni l’Indre ni Clochegourde ; mais là j’écrivais à ma chère et tendre qui était en Pologne et qui n’est jamais venue vérifier ici ce que je voyais par la fenêtre. C’est ça d’être un artiste, on peut tout se permettre, et pendant des générations ils ont trouvé cela génial ! Coooooooool !

Une réflexion sur “7 semaines à Saché

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