Nathanaëlle

1. Je marche entre Mareuil et Luynes, sur la piste cyclable bordant la route. Une odeur de feu flotte, une petite pluie fine m’imbibe doucement, des coups de feu au loin indiquent des chasseurs. Je me suis trompé de bus alors je marche.

2. Je m’appelle Nathanaël. C’est un non pas vraiment courant. C’est hébreux, biblique (Nathanaël est un galiléen appelé par Jésus pour devenir son disciple. Nathanaël voudrait dire « Dieu a donné »). On fête Nathanaël le 24 août, à la Saint Barthélémy, Nathanaël ayant été assimilé à Barthélémy.

3. Je n’ai jamais rencontré d’autre Nathanaël. Enfin si paraît-il, une fois dans une grande surface de meubles, un autre Nathanaël qui avait à peu près mon âge de l’époque : 4 ou 5 ans. Bien sûr je ne me rappelle de rien, on me l’a raconté. Une tante aurait aussi une nièce Nathanaëlle. Je ne la connais que par ouï-dire. Cette quasi exclusivité nominale confine donc à un certain égocentrisme. Je suis LE Nathanaël, je suis CELUI dont on ne sais pas comment s’écrit le prénom, je suis CELUI qui fait grâce du tréma pour alléger les formulaires administratifs. Je suis CELUI qui n’aime pas trop les Nathalie car il y a le ‘Natha’ en commun.

4. Jeudi dernier, j’ai rencontré une Nathanaëlle, dans le cadre d’une surveillance d’élèves de collège. Tout d’abord, un léger trouble homonymique curieux. Je la suis, concentré sur les élèves. « Nathanaëlle » d’un élève au fond pour se lever, « Nathanaëlle » devant pour jeter un papier. C’est la première fois que j’entend ce nom qui ne m’appelle pas. A chaque appel je tourne la tête vers l’élève, prêt à répondre, mais je ne dis rien et c’est une voix de fille qui répond en mon nom. A la récré, comme des gamins voulant embêter leur professeur, on se rapproche, inexorablement attiré par cet autre curieux, cette bête de foire.

5. Dans la voiture, entre Luynes et Tours, nous discutons. Elle : Etudiante en musique -piano et violon, future institutrice, fille d’institutrice. Moi : préparation de concours d’enseignement, fils d’institutrice aussi, occasionnellement gratouilleur de guitare, tapoteur de piano et ex-apprenti violoniste. Elle : déprimée de la difficulté de trouver du travail, Moi : pareil. Je lui demande pourquoi elle s’appelle ainsi : « Ma mère avait une Nathanaëlle dans sa classe, elle a trouvé ça joli, alors voilà ». Pour ma part, en fait je ne sais pas pourquoi mes parents m’ont choisi ce prénom. Je sais juste que si j’avais été une fille, cela n’aurait pas été Nathanaëlle mais probablement Anne-Lucie. Je lui apprend les signification de son nom. Je glisse bassement que normalement c’est un nom de garçon.

6. J’ai envie de l’appeler Ariane, comme ma soeur. Je n’arrive toujours pas à conceptualiser une ‘Nathanaëlle’, on peut s’appeler Ariane, mais Nathanaëlle me semble impossible.

7. Je lui donne mon mail. Tant de convergences sous un nom, j’espère qu’elle écrira. … En fait non.

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Ce texte a été publié une première fois par La Revue des ressources. Il est légérèment revu & corrigé ici.

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