Via & vers (livrel avec Mathilde Roux et Rémi Froger)

Via & vers paraît

9782371710276.main

une trentaine de photos qui invitent au voyage,
écheveaux de directions,
des textes entremêlés autour des photos
des déviations
un film
une bande son

et un hors texte de Rémi Froger

Via & Vers (full video) par [Mathilde Roux]

En voilà un extrait

– LE TERRITOIRE EST PARSEMÉ DE HAMEAUX SOLITAIRES –

Orbigny4

Quand les mots nous font des cachoteries (déjà qu’il est souvent nécessaire de s’en méfier pour qu’ils n’ajoutent pas à la confusion de bien des situations).

Le château était vieux mais seulement à certaines heures.

Les ombres sur cette terre – ombres portées, ombres reçues, ombres de l’ombre de nos faits, de nos signes – se mêleront toujours de transformer un temps les données établies.

Et ces histoires récurrentes autour du point de vue, de l’angle, de l’éclairage, de l’arbitraire et de l’aléatoire forgés pour les besoins de la cause ou pas, des niveaux de lumières et de langages, on n’en sort pas, on n’en sort quasiment pas.

- L’esthétique désuète de la carte -

Il y avait dans l’air comme quelque chose de géométrique.

- L’esthétique désuète de la carte -

Nous avions accosté sur ces confins du pays,

- une cité qui s’enroule comme un escargot -

on ne savait pas comment.

- une route qui fait un pif -

Déjà du train nous notions dans nos carnets

- ça dépend de l’échelle -

les paysage aux lignes droites,

- l’échelle, la prendre pour monter à Noyelles -

seul,

- à pas grands, Noyelles -

presque,

- traverser la route celle rectiligne -

le trajet du train connaissait les courbes,

- toutes rectilignes, d’ailleurs,

les routes, sur cette portion de carte -

et encore,

- Paysages psychorigides, tout s’aligne

les routes en perspectives, les maisons dans leurs -

courbes légères.

- écrins de petits urbs -

Nous avions rendez-vous dans

- On pourrait mettre des couleurs sur la carte,

la mondrianiser, la Picassoier -

une maison ouvrière de la cité du Dépôt.

- Mazingarbe, ça fait penser à un nom

de village d’Afrique noire -

Nous aurions préféré celle

- Forcément tu vois le mot coron,

tu penses Bachelet,

je ne voudrais pas penser Bachelet à -

des Alouettes

- chaque fois que je vois le mot coron -

ou celles

- Les terrils sont sur la carte comme des

envois épars de couleurs par Pollock sur sa toile -

des Brebis,

- les habitations comme en pointillés-

plus champêtres aux noms.

La Terre est une succession de couleurs.

Vous me ferez la coupe géologique de cette carte. Le sol est coloré. En suivant la ligne tracée en diagonale vous traverserez les couches – blanc ; bleu ; jaune ; vert pomme ; vert herbe ; bleu très ciel ; orange /// et retour /// calcaire massif (urgonien) ; marnes ; calcaire dur ; marnes épaisses ; calcaire massif (tithonique) ; calcaire marneux ; alluvions et dépôts glaciaires. La Terre est une succession de couleurs. Vous plancherez 1 heure, pas une minute de plus, pas une seconde de plus. Vous ferez de cette abstraction colorée une coupe concrète : concrétisez la carte : concrétisez cette portion du monde que vous ne connaissez pas, probablement. La carte est une représentation du monde ; votre coupe sera une représentation de la carte qui est une représentation du monde. Le sol est une succession de stries. Chacun voit midi à sa porte, chacun voit le monde entre 2 courbes de niveaux. Vous avez le plat, une proposition d’élévation donnée, le dessous de la croûte, à vous d’imaginer ce qu’il y a au dessus la croûte terrestre, à l’air libre. Vous me parlerez des îlots ici blancs alluvions, là jaunes calcaires dans la mer d’orange ou dans l’océan de vert. Vous me direz tout, de 228 mètres à 1975 mètres ; TOUT de ce sol coloré. Vous me direz toute l’épaisseur du monde, de ce monde de 6×6 = 36 km2 près Chambéry.

Le brouillon rendait mieux la stupeur

Bon je bidouille un truc

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Je l’envoie à quelques personnes

Deux réactions :

les émotifs : brrr ! il fait peur !

les pragmatiques : c’est qui ?

Mais ce n’est personne, juste un gribouillage de Sécotine dans lequel j’ai vu un visage, que j’ai prolongé.

Le brouillon rendait mieux la stupeur.

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