&Rabelais

Envoyé à La Devinière pour suivre un atelier d’écriture, je me suis retrouvé obligé d’écrire. Le site, sa configuration particulière, sa situation et ses bruits alentours (que l’on pourrait définir comme la situation sonore du lieu) se sont imposés à moi. Ce petit texte qui en a résulté vient augmenter mon projet d’AUTO-GÉO-GRAPHIE-S.

Le fond sonore est indiqué en italique : ce qui est calé à gauche est ce que j’entends sur ma gauche ; ce qui est écrit au milieu est ce que j’entends derrière moi ; ce qui est calé à droite est que j’entends sur ma droite… Tout cela est bien entendu relatif à ma position (qui varie) dans le site…


- I –
D’EST
(=> environnement)


… Ce qui revient à dire, vu l’orientation du site que : ce qui est calé à gauche sont les sons venant du sud ; ce qui est écrit au milieu sont les sons venant de l’est. Ce qui est calé à droite sont donc les sons venant du nord. Face à moi l’immensité de la campagne : pas de sons de ce côté là : vent d’est ce jour-là ?? Je n’ai pas fait attention à ce détail…


In situ, écrire. Les lieux sont faits de ce qui les entoure. Regarder donc vers l’horizon ce château-pièce montée qui m’attire (peut-être devrais-je aller le voir de plus près pour m’en défaire). Vouloir aussi le point de vue (il me disait, la semaine passée qu’on y voit Chinon, le château, la Vienne et aussi Cinais).

coups de fusils
enfants qui courent et crient

scie électrique

[Quelques semaines auparavant j’aurais écrit ex-nihilo, à partir de rien ; ou plutôt à partir de mon ignorance. Maintenant je peux en dire sur Rabelais vers 1590-1553, moine, médecin, prêtre, écrivain…]

encore un coup de feu

encore les enfants

la scie s’est arrêtée
remplacée par une mobylette

[…pétomane, rotomane, humaniste, admirateur d’Érasme…]

chiens

bruits de pas dans les gravillons

une porte de voiture claque

Vagues de vignes. Je refuse le café comme toujours. Je me dis l’abbaye de Seuilly. Qui m’appelle sur mon portable ? Arbres nus. Semblant de printemps.


- II –
D’OUEST
(=> intérieur-jour dans la chambre de François Rabelais)


… Retournement de situation (au sens propre puisque me voici orienté vers l’ouest)…


Encore plus in situ (puisque dans la chambre de Rabelais), continuer d’écrire.

[Rabelais serait né ici, dans la maison des champs comme on disait à l’époque. Il ne fallait pas naître dans la ville infestée alors on précipitait la femme enceinte dans une charrette vers la campagne. « Certaine gayeté d’esprit conficte en mépris des choses fortuites. O bouteille pleine toute de mystères ! Trinket… Beuvez ! » est écrit sur les murs.]

La chaise près de l’âtre froid est trop basse, mes fesses toujours gelées : bigre de muret !

Venant de l’extérieur


Bruits sourds
Chiens qui se répondent

Il me disait un chat agressif s’attaquait systématiquement aux chiens des visiteurs, un vrai problème !

Un silence presque complet est revenu

Reste le bourdonnement continu d’une
installation électrique dans la pièce

[Je savais que Balzac s’était inspiré de Rabelais pour écrire ses ‘Contes drolatiques’ (qui valut une joute Rabelaisienne entre Sand & Balzac l’une traitant l’autre de « Gros cochon », l’autre traitant l’une (qui ne voulait pas l’écouter) de « prude »). Il m’a précisé la semaine passée qu’une partie du cinquième livre s’appelait ‘Songes drolatiques’. D’où le titre de Balzac l’admirateur.]


- III –
DE SUD
(=> (d)écrire)


… 3e position, plus complexe puisque le buste orienté vers l’est et la tête tournée vers le sud …


Encore une fois j’écris un lieu, j(e d)écris ce que je vois, mais peu d’émotion dans tout cela… tiens des tuiles romaines en ple(a)ine Touraine… par cette fenêtre je relève trois types différents de tuiles : les romaines donc, sur le pigeonnier (plus il y a de trous à pigeon m’a-t-elle expliqué un jour, plus le propriétaire est censé avoir d’arpents de terre, mais certains trichaient parfois histoire d’arranger un bon mariage) ; des tuiles plates en terre cuite sur la maison du vigneron ; des plates en ardoises sur les autres bâtiments ; et au dessus de la chambre ? Curieux assemblage en tout cas ! La fumée d’un feu au loin, vers La Roche-Clermault.

À l’extérieur


Une porte grince

[Rabelais commença par la fiction avec le Pantagruel. Puis une fois son style affirmé et censuré, il mit un peu de sa vie dans son deuxième livre, le Gargantua. J’ai un doute chronologique dans les œuvres de Rabelais, je demande quelques précisions à l’accueil.]

Je me dis que je ne fictionne pas, pas assez en tout cas. Peut-être pourrais-je apporter des choses différentes en changeant de genre littéraire. À moins que ce soit la faute à peu d’imagination, ou à la géo-graphie. Et puis merde à l’imagination, et merde à la géo-graphie puisque mon propos n’est pas de faire de la fiction émotive.

Une oie

Un chien dans le lointain

Une voiture

Des pas dans les gravillons

Un nuage devant le soleil, un léger vent, il est 12h15.

————-

Partie d’un triptyque, « &Sand, &Balzac, &Rabelais »

ce texte a d’abord été accroché sur Amontour, par là

« &Sand » à lire dans Remue

Via & vers (livrel avec Mathilde Roux et Rémi Froger)

Via & vers paraît

9782371710276.main

une trentaine de photos qui invitent au voyage,
écheveaux de directions,
des textes entremêlés autour des photos
des déviations
un film
une bande son

et un hors texte de Rémi Froger

Via & Vers (full video) par [Mathilde Roux]

En voilà un extrait

– LE TERRITOIRE EST PARSEMÉ DE HAMEAUX SOLITAIRES –

Orbigny4

Quand les mots nous font des cachoteries (déjà qu’il est souvent nécessaire de s’en méfier pour qu’ils n’ajoutent pas à la confusion de bien des situations).

Le château était vieux mais seulement à certaines heures.

Les ombres sur cette terre – ombres portées, ombres reçues, ombres de l’ombre de nos faits, de nos signes – se mêleront toujours de transformer un temps les données établies.

Et ces histoires récurrentes autour du point de vue, de l’angle, de l’éclairage, de l’arbitraire et de l’aléatoire forgés pour les besoins de la cause ou pas, des niveaux de lumières et de langages, on n’en sort pas, on n’en sort quasiment pas.

- L’esthétique désuète de la carte -

Il y avait dans l’air comme quelque chose de géométrique.

- L’esthétique désuète de la carte -

Nous avions accosté sur ces confins du pays,

- une cité qui s’enroule comme un escargot -

on ne savait pas comment.

- une route qui fait un pif -

Déjà du train nous notions dans nos carnets

- ça dépend de l’échelle -

les paysage aux lignes droites,

- l’échelle, la prendre pour monter à Noyelles -

seul,

- à pas grands, Noyelles -

presque,

- traverser la route celle rectiligne -

le trajet du train connaissait les courbes,

- toutes rectilignes, d’ailleurs,

les routes, sur cette portion de carte -

et encore,

- Paysages psychorigides, tout s’aligne

les routes en perspectives, les maisons dans leurs -

courbes légères.

- écrins de petits urbs -

Nous avions rendez-vous dans

- On pourrait mettre des couleurs sur la carte,

la mondrianiser, la Picassoier -

une maison ouvrière de la cité du Dépôt.

- Mazingarbe, ça fait penser à un nom

de village d’Afrique noire -

Nous aurions préféré celle

- Forcément tu vois le mot coron,

tu penses Bachelet,

je ne voudrais pas penser Bachelet à -

des Alouettes

- chaque fois que je vois le mot coron -

ou celles

- Les terrils sont sur la carte comme des

envois épars de couleurs par Pollock sur sa toile -

des Brebis,

- les habitations comme en pointillés-

plus champêtres aux noms.

La Terre est une succession de couleurs.

Vous me ferez la coupe géologique de cette carte. Le sol est coloré. En suivant la ligne tracée en diagonale vous traverserez les couches – blanc ; bleu ; jaune ; vert pomme ; vert herbe ; bleu très ciel ; orange /// et retour /// calcaire massif (urgonien) ; marnes ; calcaire dur ; marnes épaisses ; calcaire massif (tithonique) ; calcaire marneux ; alluvions et dépôts glaciaires. La Terre est une succession de couleurs. Vous plancherez 1 heure, pas une minute de plus, pas une seconde de plus. Vous ferez de cette abstraction colorée une coupe concrète : concrétisez la carte : concrétisez cette portion du monde que vous ne connaissez pas, probablement. La carte est une représentation du monde ; votre coupe sera une représentation de la carte qui est une représentation du monde. Le sol est une succession de stries. Chacun voit midi à sa porte, chacun voit le monde entre 2 courbes de niveaux. Vous avez le plat, une proposition d’élévation donnée, le dessous de la croûte, à vous d’imaginer ce qu’il y a au dessus la croûte terrestre, à l’air libre. Vous me parlerez des îlots ici blancs alluvions, là jaunes calcaires dans la mer d’orange ou dans l’océan de vert. Vous me direz tout, de 228 mètres à 1975 mètres ; TOUT de ce sol coloré. Vous me direz toute l’épaisseur du monde, de ce monde de 6×6 = 36 km2 près Chambéry.

Le brouillon rendait mieux la stupeur

Bon je bidouille un truc

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Je l’envoie à quelques personnes

Deux réactions :

les émotifs : brrr ! il fait peur !

les pragmatiques : c’est qui ?

Mais ce n’est personne, juste un gribouillage de Sécotine dans lequel j’ai vu un visage, que j’ai prolongé.

Le brouillon rendait mieux la stupeur.

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